Il y a les bijoux que l’on choisit, ceux que l’on reçoit, ceux que l’on garde. Et puis il y a ceux qui finissent par faire partie de nous, presque sans que l’on s’en aperçoive.
Pour cette nouvelle rencontre, Madalenn donne la parole à Virginie Bapaume, fondatrice de 23Beauty, autour de ce lien très particulier que nous entretenons avec les objets que nous portons sur nous.
Une conversation intime autour de la mémoire, de la transmission et de la beauté des pièces qui traversent le temps — et de ce qui leur donne, bien au-delà de leur matière, leur véritable valeur.
Je m'appelle Virginie Bapaume, mais tout le monde m'appelle Vivi. Je suis experte en marketing de formation, avec une quinzaine d'années passées dans la presse et l'influence à décortiquer les marques, les textures et les promesses, notamment pour Elle et L'Express. De cette double culture, l'exigence éditoriale et l'amour du produit, est née 23Beauty Paris, ma marque de dermo-manucure vegan construite autour de l'huile de ricin, pensée pour toutes les carnations. En parallèle, je dirige Ivy Agency, une agence de communication beauté, et je porte depuis dix ans Beauté Plurielle, une association qui milite pour une beauté vraiment inclusive. Le fil rouge de tout ce que je fais tient en un mot : le soin. Prendre soin des mains, des peaux, des histoires, et des gens.
Les bijoux sont-ils importants pour vous ? Quel est votre rapport au bijou ?
Oui, mais pas de la manière ostentatoire qu'on imagine parfois. Pour moi, le bijou appartient à la même famille que la beauté que je défends : c'est une seconde peau, un prolongement de soi, jamais un déguisement. Je viens d'un métier où l'on regarde les mains en permanence, alors une bague, un bracelet fin qui glisse sur le poignet, c'est presque un geste de soin autant qu'une parure. Ce qui m'émeut, ce n'est pas la valeur d'un bijou, c'est sa charge : les moments qu'il traverse, les peaux qu'il touche, ce qu'il finit par raconter de nous. Un bijou, à mes yeux, c'est de la mémoire portée à même le corps.
Êtes-vous plutôt joaillerie ou fantaisie ?
Les deux, sans hiérarchie, et je crois que c'est très révélateur de ma génération et de mon métier. La fantaisie, c'est ma liberté du quotidien : je peux l'accumuler, la mélanger, l'assortir à une humeur ou à une tenue sans me poser de question, exactement comme on ose une couleur de vernis un matin. La joaillerie, elle, relève d'un autre registre, plus intime, plus rare : quelques pièces choisies qui marquent une étape, un passage, une transmission. Je n'oppose jamais les deux.
Plutôt ancien ou contemporain ?
J'ai un vrai penchant pour l'ancien, ou plus exactement pour les pièces qui ont déjà vécu. La patine d'un métal, une petite usure, un fermoir un peu daté, tout cela me touche parce que ça porte le temps. Un bijou neuf est une promesse ; un bijou ancien est déjà une histoire. Cela dit, je ne suis pas passéiste : ce que j'aime par-dessus tout, c'est le dialogue entre les deux, quand une main contemporaine reprend un élément ancien pour lui offrir une seconde vie. C'est exactement là que l'upcyclage me parle, et c'est d'ailleurs le même mouvement que celui qui m'anime en beauté : ne rien gaspiller, magnifier l'existant, refuser l'obsolescence.
Votre premier souvenir de bijou ?
Mon premier souvenir de bijou, c'est une paire de boucles d'oreilles offerte par ma grand-mère maternelle. En Guadeloupe, cela se fait beaucoup, c'est presque un rite. Elles représentaient un fruit en or fin. Le simple fait de les avoir aux oreilles me les rendait exceptionnelles et précieuses à mes yeux. Je crois que c'est là, très tôt, que j'ai compris qu'un bijou porte bien plus que sa matière : un lien, une transmission, une terre.
Celui que vous ne quittez jamais ?
Je ne quitte jamais mon alliance et ma bague de fiançailles. À force, ces bijoux font partie de moi au point que je ne les vois presque plus ; je ne les remarque que le jour très rare où je les oublie, et là, ma main me semble étrangère. C'est ma constante, mon point d'ancrage discret dans des journées qui ne le sont jamais.
Celui qui vous fait rêver ?
Là, je m'autorise à rêver grand. J'ai une vraie fascination pour les bijoux signés, dessinés comme des sculptures : ceux qui ont une audace de forme, presque une intention d'artiste plutôt que de joaillier. Mais si je suis honnête, ce qui me fait le plus rêver aujourd'hui, ce n'est plus tant la pièce de vitrine que la pièce impossible à racheter : celle qui aurait traversé plusieurs générations et qui me serait transmise avec son histoire. Le luxe ultime, pour moi, ce n'est pas le neuf inaccessible, c'est le lien.
Croyez-vous aux porte-bonheur et aux pouvoirs de protection ? Votre gri-gri fétiche ?
Je ne suis pas superstitieuse au sens strict, je ne crois pas qu'un objet décide de ma journée. Mais je crois profondément à ce qu'on projette dans les objets. Un gri-gri ne me protège pas par magie ; il me recentre, il me rappelle qui je suis avant un rendez-vous important ou un jour de doute. Le mien peut varier selon le moment : une bague réalisée par une amie, une paire de boucles offerte par mon chéri, un bracelet concocté par ma fille. Je les touche parfois sans m'en rendre compte, et ce simple geste suffit à me remettre dans l'instant présent.
Que portez-vous aujourd'hui ?
Aujourd'hui, je porte une tenue que j'aime beaucoup, une robe chemise ample, parce que j'aime la fluidité, le côté superposé et ample des tenues. Côté bijoux, je porte des créoles que j'ai depuis des années, une bague ornée de perles tissée par une amie et un gros bracelet doré. Aux mains, forcément, mon obsession professionnelle : des ongles soignés avec mon dernier vernis, un JAVA marron intense enrichi en huile de ricin, parce que pour moi la manucure est le premier des bijoux.
Et si vous deviez choisir un bijou MADALENN ?
Je choisirais le Collier chaîne de montre, chapelet de nacre et médaille de la Vierge, parce qu'il incarne tout ce qui me plaît : l'alliance du vintage et de la modernité, des matières que j'aime beaucoup comme la nacre, et de l'ancien qui a du sens. Ce que j'aime chez Madalenn, c'est que l'upcyclage n'y est pas un argument marketing. Je le vois comme un geste, celui de donner une seconde vie à ce qui existe déjà plutôt que de puiser à neuf.

